Guerre(s) d’Algérie dans la vallée de l’Ondaine : quand la guerre mène à la guillotine.

Le travail amorcé en Education Morale et Civique par les élèves de 1ière 3 du lycée Jacob Holtzer sur le thème Guerre(s) d’Algérie dans la vallée de l’Ondaine s’est achevé aujourd’hui par la visite du fort de Montluc (Lyon) à la fois siège du Tribunal Permanent des Forces Armées (TPFA) de Lyon et prison où étaient incarcérés les membres condamnés à mort des groupes de choc issus des deux mouvements nationalistes rivaux : le Front de Libération Nationale (FLN) et le Mouvement National Algérien (MNA).
En effet, depuis le début de l’année scolaire, cette classe de 1ière S participe à un projet pédagogique financé par la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Ce travail de longue haleine leur a permis de reconstituer la manière dont le conflit a été vécu, dans leur environnement proche, par les différents acteurs impliqués : l’analyse de documents d’époque en classe ou aux archives départementales de la Loire ( coupures de presse, rapports de police, rapports de préfet, documents syndicaux, tracts FLN…) a fait découvrir aux élèves un sujet souvent occulté : la guerre d’Algérie en métropole ; ainsi ils ont pu percevoir comment les deux mouvements nationalistes rivaux luttant pour l’indépendance, FLN et MNA, se sont disputés le contrôle des Algériens venus travailler dans la métallurgie et les puits de mine de l’Ondaine. Cette guerre interne particulièrement violente a fait de nombreuses victimes parmi les Algériens (17 morts dans la vallée de l’Ondaine, uniquement sur la période allant de septembre 1956 à décembre 1957).
A partir de 1958, les membres de ces groupes de choc , lorsqu’ils étaient arrêtés par la police n’étaient plus jugées en Correctionnelle mais par le Tribunal Permanent des Forces Armées (TPFA) de Lyon, un tribunal militaire particulièrement sévère . De 1958 à 1962, 478 membres de groupe de choc ont été jugés par le TPFA et 97 d’entre-eux ont été condamnés à morts. Incarcérés à Montluc, 11 d’entre-eux ont été guillotinés dans l’enceinte de la prison militaire : il s’agit du nombre le plus élevé d’Algériens exécutés en métropole (5 à Paris, 4 à Dijon). Parmi eux, se trouvaient deux membres issus de groupe de choc de la vallée de l’Ondaine.
Ce sont ces parcours de vie que les élèves sont venus découvrir à Montluc aujourd’hui. Après un rapide rappel sur l’origine de la prison et son rôle dans l’historie de la Seconde guerre mondiale, le guide a présenté la place de la prison de Montluc dans le système répressif français durant la guerre d’Algérie. Les élèves ont pu découvrir les conditions de détention mais aussi la manière dont les détenus mettaient à profit leur incarcération pour poursuivre leur lutte pour l’indépendance et apparaître aux yeux de la justice et de l’opinion publique, non comme des terroristes mais comme des prisonniers politiques. Dans ce couloir de la mort, les détenus vivaient dans des cellules de 4 m² dans l’attente matinale de la venue du bourreau. C’est dans l’enceinte même de la prison que la guillotine était dressée ; à l’abri des regards extérieurs et en présence de leur avocat, le condamné était exécuté au petit matin ; sa dépouille était ensuite évacuée au cimetière de la Guillotière (carré des condamnés).
Mais la prison de Montluc n’accueillait pas uniquement les condamnés à mort du FLN ou du MNA, une aile était réservée aux femmes qui s’étaient impliquées comme porteuses de valise au profit du FLN.
Après le temps de la visite, il ne reste plus qu’aux élèves à reprendre leurs notes pour produire un bilan de leurs impressions.

       

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